Le brochet ou grand brochet (Esox lucius) est une espèce de poissons prédateurs de l'ordre des Esociformes, commune dans les eaux douces et saumâtres de l'hémisphère nord. Le mot brochet est issu du français broche, car le museau pointu et le corps allongé de cet animal rappellent la forme de l'ustensile de cuisine. Le brochet est affublé de nombreux surnoms : broc, bec, bec-de-canard, bec de canne, gros bec, béquet, brocheton, brochette, brouché, buché, filaton, flute, goulu, grand-bec, grand-gousier,le roi de la rivière, lanceron, lançon, luceau, pognan, pogneau, poignard, sifflet, gobe poisson, fusil, requin de rivière ou d'eau douce.
Répartition du brochet
Le Grand brochet fait partie des poissons d'eau douce ayant la plus vaste répartition naturelle au monde, comme l'omble chevalier, l'épinoche et l'épinochette. On le rencontre dans la majorité des régions tempérées et froides de l'hémisphère nord : en Europe, dans le nord de l'Asie et en Amérique du Nord. C'est un poisson plutôt nordique que l'on trouve dans les nombreux lacs et les vastes marais de la taïga arctique, dans presque l'ensemble de la Russie et du Canada, allant dans certaines régions jusqu'à la toundra. En Europe il est naturellement présent au sud jusqu'en Grèce et dans le sud-est de la France, sous climat méditerranéen. On le trouve aussi dans le nord de l'Iran (régions côtières de la mer Caspienne) et en Asie centrale. Aux États-Unis il est présent naturellement des Grands Lacs jusqu'en Arkansas et au nord du Mississippi, ainsi qu'en Alaska.
Il a aussi été largement introduit en dehors de son aire d'origine, par exemple au Maroc par les Français au début du XXe siècle, dans les lacs d'Aguelmame Aziza et d'Aguelmame Sidi Ali.
Description du Brochet
Le brochet est un poisson fusiforme (en forme de fuseau), dont les flancs de couleur verdâtre ou jaunâtre vers le dos deviennent blancs vers le ventre. Les nageoires sont de couleur rouge-orange et portent des rayures sombres.
Sa taille à l'âge adulte varie de 30 à 150 cm et son poids entre 2 et 10 kg. Cependant des individus de plus de 130 cm et de plus de 30 kg existent mais sont moins fréquents (ce sont généralement des femelles). L'actuel record du plus gros brochet homologué par la Confédération internationale de la pêche sportive est un spécimen de 147 cm (58 cm de tour de ventre) pour 31 kg, capturé en 1983 en Allemagne, surnommé Hecht (brochet en allemand). Le plus grand brochet jamais mesuré et confirmé (152 cm de long, 60 cm de tour de ventre, 28 kg) fut capturé et relâché en mai 2004 dans le lac Apisko, Manitoba (Canada). Quelques écrits datés de la fin du XIXe siècle rapportent également la capture au filet de brochets géants (173–175 cm de long, 67–68 cm de large pour 41-42 kg) en Irlande, écrits dont la véracité est douteuse faute de preuves matérielles et parce qu'aucun brochet géant n'a été capturé depuis (soit plus de 50 ans).
Les jeunes brochets ont des bandes jaunes le long du corps qui, plus tard, se divisent en pointillés clairs. Les patrons de couleurs sur les flancs varient d'un individu à l'autre mais il n'a pour l'instant pas été établi de lien clair avec son milieu de vie. En Italie, Esox cisalpinus fut longtemps considéré comme une variation de couleur du grand brochet, mais a été reconnu comme une espèce à part entière en 2011.
Habitat du brochet
Contrairement au sandre qui préfère les fonds des lacs, le brochet occupe principalement la première moitié de la colonne d'eau. Adulte, il affectionne les rivières à courant lent, bras morts, fleuves, étangs et lacs riches en végétation.
Le brochet est aussi commun en eaux saumâtres. C'est notamment le cas dans certaines régions de la mer Baltique, surtout à l'est, où la salinité est moindre et où une couche d'eau douce de plusieurs mètres surnage à l'eau salée. Les brochets vivent principalement dans cette couche d'eau douce, et font des intrusions fréquentes dans la couche salée pour s'y nourrir. Les brochets peuvent y atteindre de grandes tailles et les individus dépassant le mètre y sont très fréquents.
Dans certaines régions du monde peuplées et industrialisées, l'habitat du brochet tend souvent à se dégrader, ou a été très dégradé. S'il peut profiter d'anciennes gravières ou carrières inondées qui lui offrent des habitats de substitution, son biotope naturel est le plus souvent négativement affecté par les activités humaines (pollution de l'eau, pêche abusive, drainage ou comblement de nombreuses zones inondables, eutrophisation, turbidité accrue, artificialisation des berges, pompages excessifs d'eau, etc.). En particulier, les prairies inondables propices à sa reproduction et de nombreux milieux peu profonds servant de nourriceries ont fréquemment disparu, selon certaines études la dégradation des nourriceries aurait un impact encore plus négatif pour l'espèce que la dégradation ou régression des zones de fraie. Ceci explique la régression de l'espèce dans une grande partie de ses habitats potentiels. Une autre étude a porté sur les effets du manque d'habitats de fraie, le manque de nourriceries pour les alevins et le manque d'habitats pour les jeunes brochets. Les auteurs ont dans ce cas conclu que contrairement à une idée répandue, c'est la disponibilité en aire de fraie et d'alimentation des jeunes qui a le plus d'importance pour la survie des populations, plus que les nourriceries d'alevins.
Mode de vie du brochet
C'est un chasseur habituellement sédentaire et solitaire, mais il vit parfois temporairement en groupe de deux ou trois.
Dans les grands lacs, on le trouve aussi en bancs, surtout quand il s'agit de jeunes sujets. Le brochet peut vivre plus de 20 ans.
Alimentation du brochet
L'alimentation du brochet évolue avec l'âge. Il commence par se nourrir de zooplanctons et d'insectes lorsqu'il est alevin (30 mm). En grandissant, son régime alimentaire intègre des proies de plus en plus grosses. Adulte, il consomme principalement diverses espèces de poissons, notamment les espèces les plus communes dans le milieu où il vit. Le grand brochet est néanmoins très opportuniste, et il peut aussi consommer des écrevisses, des amphibiens, des canetons ou des rongeurs. La taille de ses proies peut correspondre à la moitié de sa propre taille. Le cannibalisme n'est pas rare chez le brochet et il peut arriver que les brochetons constituent la majeure partie des proies des gros brochets.
Il a été longtemps considéré comme un monstre vorace, depuis qu'on peut le filmer et l'observer dans son milieu, on sait que ce n'est pas toujours vrai. Le brochet est reconnu comme un excellent régulateur des populations de poisson fourrage.
Le brochet chasse principalement en embuscade ; il se camoufle dans les herbes aquatiques ou se confond avec des branchages immergés en attendant qu'une proie passe à sa portée. Son corps élancé n'est pas adapté à de longues poursuites mais bien aux accélérations brusques et en ligne droite. Il lui arrive parfois de s'attaquer aux poissons pris dans les lignes des pêcheurs.
Esox lucius est un prédateur qui chasse principalement à vue, mais qui dispose aussi d'autres sens très développés, car on le trouve parfois aussi dans des eaux très turbides (dans certains canaux eutrophes par exemple).
Reproduction du brochet
Le brochet est une espèce phytophile dont le frai survient de février à avril dans une eau dont la température est comprise entre 5 et 12°C. La femelle pond entre 15 000 et 20 000 œufs par kilogramme de son poids (entre 3 000 et 600 000 œufs). Aucun nid n'est construit ; les œufs semblent éparpillés au hasard dans des herbiers situés près des berges. Une grosse femelle est fécondée par un ou deux mâles plus petits qu'elle.
Les œufs sont ambre clair de 2,5 à 3,0 mm et se fixent à la végétation. Comme chez la plupart des poissons pondant un grand nombre d'œufs sans ensuite les protéger, la très grande majorité de ces œufs mourront desséchés ou mangés par d'autres poissons.
La croissance de l'alevin et du brocheton est rapide, lui permettant d'atteindre 30 cm en fin de sa première année, 50 cm à la fin de sa seconde, puis 10 cm par an jusqu'à 100 cm, en cas de croissance normale. Chez le brochet, le muscle créé correspond à 17% de la nourriture ingérée : ainsi, si un brochet ingurgite 100 g de nourriture, 17 g de muscle seront fabriqués.
Les spécificités de la reproduction du brochet le rendent vulnérable à la régression des zones humides et à la pollution des zones inondables où il pond. Ce poisson recherche des herbiers situés entre 20 et 80 cm de profondeur, qui doivent rester immergés durant la période de frai. Le marnage important et le manque d'herbiers au niveau des lacs de barrage entraînent des difficultés pour le brochet. Ainsi des rempoissonnements sont annuellement ou périodiquement effectués par des AAPPMA.
Les lieux de fraie de ce poisson ont beaucoup décliné depuis la révolution industrielle en raison de l’artificialisation des cours d'eau, du drainage ou de la pollution des zones humides (le brochet, comme tous les poissons, est mortellement sensible à de nombreux pesticides), souvent sans solution alternative.
La restauration de frayères par les pêcheurs ou d'autres acteurs est un pis-aller ; le retour du castor dans les petites rivières et ruisseaux (où il fait volontiers des barrages) pourrait être favorable au frai du grand brochet et à une bonne croissance de ses alevins. De nombreuses études scientifiques ont montré l'intérêt des barrages de castors pour de nombreuses espèces de poissons et d'autres espèces aquatiques (qui sont des proies pour le brochet et d'autres poissons carnivores). Là où le castor ne fait pas de barrage, il lui arrive fréquemment de creuser de petits canaux dans les milieux herbacés, canaux qui peuvent aussi être exploités par les poissons (dont pour le frai).
Pêche du brochet
Le brochet est une des grandes espèces de poissons, considéré comme le roi des lacs et rivières qu'il fréquente. Sa taille et ses « combats » parfois spectaculaires en eau douce font qu'il est recherché par les pratiquants de la pêche sportive en rivière ou en lacs. Les petits spécimens (moins de 60 cm) sont relativement faciles à prendre là où le brochet abonde. Les gros spécimens représentent un réel défi.
La bouche du brochet est tapissée de plus de 700 dents, d'où l'utilisation de bas de ligne adéquats. Ses dents étant très coupantes, le fil de nylon utilisé pour sa pêche est facilement sectionné, c'est pourquoi il faut avoir recours à un bas de ligne d'au moins 20 cm en crinelle d'acier, tresse ou fluorocarbone. Il se pêche au vif mais bon nombre de pêcheurs préfèrent aujourd'hui des techniques moins meurtrières tant pour les vifs que pour les brochets qui ont tendance à engamer l'esche profondément. Ainsi, beaucoup de pêcheurs lui préfèrent le maniement de divers leurres dont le poisson nageur, le leurre souple ou la cuiller, dont la récupération lors du maniement permet d'hameçonner les brochets le plus souvent sur l'extérieur de la gueule, facilitant la remise à l'eau des captures. Certains pêcheurs le pêchent à la mouche. Les mouches de grandes tailles ou imitant un petit poisson utilisées sont alors appelées streamers.
Il est conseillé de relâcher les petits brochets (moins de 65 cm) mais aussi les plus gros poissons (plus de 90 cm). Les individus les plus petits n'ont pas beaucoup de chair mais beaucoup d'arêtes, tandis que la chair des brochets les plus gros, qui sont les plus âgés, a la réputation d'avoir une faible valeur gastronomique (en plus d'avoir accumulé une plus forte concentration de polluants). Plus important, les plus gros individus dans les populations sont des femelles et plus ces brochets sont gros, plus ils produisent d'œufs et, de ce fait, contribuent au maintien des populations.
Pour maximiser les chances de survie des poissons relâchés, il est préférable de toujours prendre avec soi une pince pliante à long cou et une pince coupante à long cou, afin de pouvoir décrocher les hameçons logés dans le fond de la gueule du poisson et de couper ceux qui sont logés dans les branchies. De même, l'utilisation d'un bâillon pour ouvrir la gueule du brochet est déconseillée car peut causer d'importants dommages, notamment sur les plus petits individus. Les poissons doivent être sortis le moins possible de l'eau, surtout en été et après un long combat. La remise à l'eau doit comporter des va-et-vient en tenant le poisson par la queue, face au courant, afin de faciliter le passage d'eau dans les branchies. Lorsque le poisson part de lui-même, la remise à l'eau est achevée.
D'après Wikipedia
