Les premiers leurres artificiels pour la pêche apparaissent dans la littérature halieutique au XVIIe siècle, mais il est fort probable que de tels engins aient été confectionnés bien avant cette période. A cette époque, les pêcheurs fabriquaient quasiment tout leur matériel eux-mêmes. Mais il était déjà possible d'acheter du petit matériel, comme des hameçons, tandis que quelques artisans étaient capables de fabriquer des cannes sur mesure. La pêche aux leurres telle que nous la connaissons aujourd'hui n'existait pas. A l'époque, l'usage était la pêche au vif ou la pêche au poisson mort manié, notamment pour la pêche du brochet.

Au début du XVIIIe siècle, les magasins d'articles de pêche devinrent populaires. Quelques marchands vendaient des leurres fabriqués à partir de fer blanc. Les exemplaires de cette époque sont rarissimes chez les collectionneurs. La pêche aux leurres et à la cuiller ne se sont véritablement développées qu'au sortir de la Seconde guerre mondiale.

Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle, vers 1850, que l'on a commencé à donner des noms aux leurres. Le "Minnow", leurre imitant le vairon, a été l'un des premiers leurres modernes. Ce leurre était assez réaliste, possédait des ailettes à l'avant pour imiter la nage du poisson et était équipé d'un à trois hameçons triples. Parfois plus. Ils étaient fabriqués à partir de soie, de peau de poisson séché, de corne de boeuf et parfois de caoutchouc. Le Minnow continua d'être populaire jusqu'à la fin du XXe siècle, avant d'être dépassé par des leurres plus modernes.

Il existe peu de littérature concernant les inventeurs des différents leurres qui ont constitué les bases sur lesquelles s'appuient aujourd'hui les fabricants actuels. Evolution du Minnow, le "Devon Minnow" fait exception à cet état de fait. Fabriqués en laiton essentiellement, ces poissons-nageurs pouvaient aussi se décliner en bois ou en plastique. Au lieu d'être fixés par la tête, ils pouvaient coulisser le long de la ligne. Ces leurres tirent leur nom de la ville où ils étaient fabriqués : Devon, en Angleterre.

Poisson-nageur ou cuiller ?

Le "vairon artificiel" a vite conquis les pêcheurs de tous horizons, allant jusqu'à conquérir les esprits des pêcheurs à la cuiller, ce qui n'a pas manqué d'instaurer une certaine rivalité entre ceux prônant les imitations de poissons et les amateurs de leurres à la palette tournante.

L'ancêtre de la cuiller est apparu vers la fin du XVIIe siècle et fut probablement inventé en Scandinavie. Mais la cuiller ne deviendra populaire que deux siècles plus tard. (On raconte, pour la petite histoire, que ce serait un Lord britannique, qui buvant le thé à bord de son embarcation, aurait laissé tomber sa cuillère dans l'eau, et qui voyant les mouvements de cette dernière aurait été inspiré pour inventer un leurre, mais rien n'a été prouvé). Les premières cuillers ne ressemblaient à rien. Mais ils étaient très efficaces et ne coûtaient pas cher. D'après la littérature, la première cuiller connue s'appelait la "Colorado". A en juger par les exemplaires disponibles dans les catalogues de ventes aux enchères, c'était une cuiller très populaire. On peut l'identifier très rapidement, la palette étant doté d'un plomb dans son creux.

De nombreux modèles furent introduits ensuite. Parfois faits de métaux précieux comme de l'argent recouvert de cuivre. C'était le début d'un commerce lucratif pour quelques fabricants américains et européens, qui ont plus leurré les pêcheurs que les poissons ! Les cuillers les plus simples s'avéraient pourtant les plus efficaces.

Au XIXe siècle, l'avènement du caoutchouc et des premières matières plastiques a encore développé l'imagination des pêcheurs et des fabricants. Les premiers "Bugs" et autres "Grubs" sont apparus dès 1800. Peu ont survécu au temps, étant donné la nature de leur matière première. La pêche aux insectes était populaire, encore fallait-il les attraper et, pire, réussir à les faire tenir sur l'hameçon, le tout sans se faire pîquer. Les insectes en caoutchouc ont donc été largement appréciés.

Dès 1884, arrivèrent les leurres hybrides, composés d'une cuiller et d'un streamer en plume de coq ; c'est la naissance des Spinnerbait.

Depuis lors, de nombreux fabricants se sont adonnés à diverses inventions, avec plus ou moins de succès. Certains même, proposant des leurres en verre ou, mieux, en cristal. Des objets devenus très rares et très recherchés par les collectionneurs.

Du Minnow au Minnow

A la fin des années 1940, l'arrivée du nylon fait exploser le marché des leurres de pêche. Le fabricant suédois Abu (aujourd'hui Abu Garcia), né en 1921, a commencé la fabrication de leurres et de moulinets dès 1946. On lui attribue les leurres classiques comme le "Toby", ou encore le "Killer" apparu dans leur catalogue millésime 1959.

A l'entre deux guerres, la célèbre firme finlandaise Rapala est entrée dans la mouvance dès 1936. Son premier leurre était fabriqué à partir de liège recouvert de papier d'aluminium et de films négatifs fondus pour assurer sa flotabilité. Tel un retour aux sources, il avait été baptisé... le Minnow !

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