Le gardon (Rutilus rutilus) est une espèce de poisson d'eau douce très commun, souvent de petite taille entre 10 et 30 cm. Il vit en Europe et en Asie de l'Ouest. Son nom latin d'espèce (Rutilus ; rouge éclatant) évoque probablement la couleur de ses nageoires, voire rouge aux reflets métalliques de son œil (qui est cependant d'abord jaune chez le juvénile).

Il est très apprecié pour la pêche "familiale", étant facile à capturer par les enfants et les pêcheurs novices, ainsi que par les compétiteurs.

Il est présent en grand nombre dans l'Yvette, au Lac du Mail à Orsay ainsi que dans le Lac de Lozère à Palaiseau où il se reproduit plutôt bien.

En France, le gardon porte en français régional les noms vernaculaires de "Rousse" en Champagne, Franche-Comté et Lorraine, de "Roche" dans le nord du pays et "Rottel" en Alsace. En Belgique (francophone) "Roche", "Rousse" ou "Roussette". En Angleterre le nom de "Roach". En Suisse romande, "Vangeron".

Ce poisson grégaire n'effectue que de courts déplacements sur son territoire et on ne le considère donc pas comme migrateur. En saison froide, il migre vers les eaux profondes où il vit au sein de bancs qui peuvent être denses et atteindre des centaines d'individus.

Le gardon adulte est réputé préférer les eaux riches en végétaux dont certains sont consommés par les jeunes ou les adultes et où les alevins se cachent facilement.

Il peut s'adapter à des environnements où les invertébrés sont rares en ralentissant sa croissance.

Sa chair est appréciée, mais comme c'est l'une des espèces les plus tolérantes à la pollution, elle peut également parfois être polluée.

Description du gardon

La plupart des gardons observés sont jeunes et petits et mesurent entre 10 et 30 cm pour un poids de 10 à 200 g. Leur forme varie progressivement au cours de l'ontogenèse, passant d'un profil fusiforme à un corps plus haut. Seuls un petit nombre parmi eux atteindra l'âge adulte où ils pourront atteindre environ 35 cm et exceptionnellement jusqu'à 45−50 cm. Ils peuvent alors peser de 1 à 2 kg. Le dernier record connu en date est de 1,899 kg, mais des specimens plus gros ont été déclarés via des sources sans témoin.

Le poisson a une forme hydrodynamique : il est quatre fois plus long que large. Il possède une nageoire caudale assez allongée et rougeâtre. Il a un œil dont le tour est rougeâtre et une bouche plutôt horizontale. Sa nageoire dorsale et ses nageoires pelviennes sont positionnées sur le même axe vertical (vu de profil). Ces trois derniers critères permettent de le distinguer d'autres cyprinidés et notamment du rotengle, mais les hybrides peuvent être difficiles à distinguer.

Risques de confusion : avec le rotengle et l'ablette (pour les juvéniles) et avec divers hybrides (gardon x autre cyprinidé).

Autochtone dans la plupart des eaux intérieures continentales d'Europe, il a été introduit par des pêcheurs et/ou pisciculteurs en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, en Grèce et à Chypre. Il a aussi été introduit dans l'hémisphère sud (en Australie).

Plusieurs de ces pays ont signalé après son introduction qu'il semblait avoir un impact défavorable sur les espèces autochtones.

Cette espèce est rustique et relativement ubiquiste. Le gardon est réputé préférer vivre dans les parties profondes de la colonne d'eau mais, très adaptable, il peut aussi densément coloniser des plans d'eau ou fossés de 20 centimètres de profondeur et étroits de 1,5 m de large et s'adapte aux circonstances locales. En été, il fréquente souvent la surface.

Dans les milieux pollués ou eutrophes, il n'atteint toutefois pas ou rarement sa taille maximale d'adulte.

Il tolère une charge importante en polluants organiques, c'est l'une des dernières espèces à disparaître dans les eaux polluées. Il tolère aussi dans une certaine mesure l'eau saumâtre et peut fréquenter les estuaires. Il tolère les eaux tièdes mais meurt à partir de 31°C.

Comportement du gardon

C'est un poisson grégaire qui vit en groupe parfois important, mais presque toujours composés d'individus de même taille. Ces bancs se rendent plus denses et plus vifs et nerveux en présence de prédateurs. Les plus gros se tiennent toutefois un peu à l'écart des groupes.

Son activité est plutôt diurne.

Alimentation du gardon

L'alevin et le tout jeune gardon se nourrissent d'abord de zooplancton, puis grâce à des modifications de la morphologie fonctionnelle au cours de l'ontogenèse il passe à un régime de macroinvertébrés benthiques (quand il mesure environ vers 1,5 cm). Ses proies sont alors des petits mollusques, des larves d'insectes, des insectes tombés à l'eau ou en train d'émerger, alors prélevés en surface.

Le gardon sait aussi varier son alimentation selon la saison et l'offre en nourriture du milieu, en prélevant de la mousse et des algues (qu'il broute en groupe parfois dense) sur les troncs et branches immergés ou les pierres.

Les pêcheurs attirent cet omnivore avec la plupart des appâts conventionnels comme le maïs, la mie de pain, les vers de vase...

Reproduction et croissance du gardon

Le frai a normalement lieu en avril-mai (parfois jusqu'en juillet) dans une eau à au moins 12°C et pas trop acide, le plus souvent lors de journées ensoleillées. Les mâles présentent alors une livrée nuptiale caractérisée par de petits tubercules de frai gris-blanc sur la tête et le dos. Les femelles aussi mais de manière moins développée. Ils sont parfois —à tort— confondus avec les symptômes d'une maladie.

La femelle pond de 150 000 à 300 000 œufs sur des plantes ou des branches immergées ou sur le substrat si aucun autre support n'est disponible. La reproduction se déroule fréquemment au même endroit chaque année. Les grands mâles forment des bancs dans lesquels les femelles pénètrent. Elles y pondent et les œufs (naturellement collants au substrat) sont fertilisés par les mâles ; les poissons sont alors très excités et peuvent être aperçus sautant fréquemment hors de l'eau.

Les œufs de couleur crème et d'un diamètre compris entre 1,1 et 1,5 mm éclosent après 4 à 10 jours (selon la température de l'eau). Les alevins grandissent moins vite dans l'eau froide, mais rattrapent souvent leur retard de croissance à l'âge adulte. Le jeune gardon atteint sa maturité sexuelle en 2 à 4 ans ; plus vite pour les mâles (en 2 à 3 ans) et plus tard pour les femelles (en 3 à 4 ans).

Sa vitesse de croissance varie selon les interactions entre la température de l'eau et la richesse trophique du milieu. Les reproducteurs mesurent majoritairement plus de 19 cm.

L’espérance de vie d'un gardon serait d'une dizaine d'années avec un maximum constaté de 14 ans.

Anatomie du gardon

Le gardon présente des narines buccales en cul de sac qui ne s'ouvrent pas sur la cavité buccale. Il possède sur le flanc une ligne d'écailles possédant un trou en communication avec le système nerveux et qui va détecter les variations de longueurs d'onde basse dues aux mouvements de l'eau, via des mécanorécepteurs.

Ses yeux distinguent les ultraviolets, les couleurs que nous voyons et même une partie de l'infrarouge.

Il possède deux types de nageoires :
- en nombre impair : les nageoires dorsales et les nageoires caudales ;
- en nombre pair ; et réparties de part et d'autre de la symétrie de l'animal et qui regroupent : les nageoires pelviennes à l'arrière et les nageoires pectorales à l'avant.

Les nageoires en nombre impair sont plutôt utilisées pour la stabilité et celles à nombre pair plutôt pour l'orientation.

Le gardon possède quatre paires de branchies, accolées et qui ont des poils qui filtrent les grosses particules. Les branchies sont en fait un empilement de branchies en forme de V. On a aussi des lamelles branchiales qui sont des surfaces d'échanges pour l'oxygène et cette surface d'échange est liée à la rapidité du poisson.

Le cœur se situe à côté des branchies, ce qui va éjecter le sang dans les capillaires branchiaux avec une certaine pression. Le système de circulation est simple : le sang désoxygéné passe une fois dans le cœur.

Etat des populations

Il partage fréquemment son territoire avec la Brème et la Perche et peut être en compétition avec ces espèces si la nourriture vient à manquer.

Le gardon est un poisson rustique et prolifique, qui n'est pas globalement menacé, mais des situations de déclin ou de disparition ont été localement constatées.

Même s'il dispose (dans une certaine mesure) de moyens de détoxication via des protéines spécifiques (métallothionéines) connus chez d'autres espèces pour leurs rôles de détoxication des métaux lourds et d'autres classes de toxines, dont certains pesticides, il reste vulnérable aux fortes pollutions, qui peuvent le tuer directement ou indirectement en affaiblissant son système immunitaire et le rendant plus sensible aux maladies. Des craintes existent quant aux effets de certaines perturbateurs endocriniens.

Il peut bioaccumuler certains toxiques (dont les organochlorés tels que certains pesticides, des PCB et dioxines) comme cela a été notamment montré dans le bassin de la Seine et contribuer à ce qu'ils soient encore plus concentrés dans la chair de ses prédateurs. Dans les secteurs pollués de la Seine, plus le gardon est grand et âgé, plus il est contaminé par des organochlorés.

Maladies du gardon

Comme tous les poissons, le gardon peut être victime de bactérioses et viroses ainsi que d'attaques fongiques et de malformations congénitales. Ces maladies peuvent le tuer ou l'affaiblir et provoquer des retards de croissance.

Il est souvent porteur de divers parasites, internes ou externes (ectoparasites). Ces parasites l'infestent temporairement ou à vie (vie pouvant alors être abrégée par le parasite qui épuise le poisson, ou change son comportement en le rendant plus vulnérable aux hérons et cormorans).

Élevage du gardon

La pisciculture française en produisait presque 2 000 t/an au passage de l'an 2000, surtout vendu aux sociétés de pêche pour (re)constituer des bancs de poisson fourrage, et également vendu aux pêcheurs comme vifs. Les pratiques de repeuplement piscicole ou d'apports en poisson fourrage constituent des apports numériquement importants et régulièrement répétés sur de nombreux écosystèmes naturels. Ils sont (ou ont été) pratiqués par un grand nombre de sociétés de pêche pour espérer pêcher plus de poissons prédateurs piscivores tels que les brochets. Ces apports sont de plus en plus critiqués, car susceptibles de bouleverser et affaiblir la diversité génétique des sous-populations de gardons au sein de leur métapulation (et donc de dégrader la biodiversité). Ces pratiques présentent aussi des risques sanitaires importants (non spécifiquement démontrés à ce jour en France) et de perturbations du fonctionnement de ces écosystèmes. Ces effets peuvent être aggravés par le fait que le gardon peut facilement s'hybrider avec de nombreuses autres espèces de cyprinidés et qu'il est connu pour véhiculer au moins deux maladies parasitaires dues à des endoparasites (la bucéphalose larvaire et la ligulose).

Dès lors, il est important, lors des alevinages, de contrôler la qualité du poisson avant sa mise à l'eau et de ne rempoissonner qu'à bon escient. C'est pour cela qu'à L'Entente de l'Yvette, nous privilégions la reproduction naturelle au moyen de frayères artificielles notamment ; le rempoissonnement annuel n'étant destiné qu'à rééquilibrer les populations afin de compenser les pertes dues aux prédateurs des gardons (carnassiers, cormorans).

Sources : Wikipedia et The Coarse Fishing Handbook, Tony Miles, éd. Apple Press

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